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Mar
19
2014

Dominance hiérarchique chez le chien – Une nouvelle vision ?

Dominance hiérarchique chez le chien – Une nouvelle vision ?

Au fil de mes rencontres je suis toujours autant étonné de la grande vivacité des idées reçues que véhicule la pensée commune sur les chiens… Combien de fois ai-je entendu « mon chien est un dominant », « on l’a mis sur le dos et il a mordu le gamin » ou encore « il le sait bien ce salopard qu’il a fait une connerie »…

 dominance hiérarchique chez le chien, libérez les chiens

Préparez-vous au pavé, aujourd’hui c’est lecture… Cela fait un bout de temps qu’il est dans les cartons cet article, notamment parce qu’il m’a été un peu long de rassembler tous les artifices de cette magnifique photo de couverture…

 

Alors comme beaucoup d’entre-nous, à une certaine époque, j’ai entendu et usité le terme de dominance et la plupart du temps à mauvais escient… Ce que l’on ne comprend pas toujours, c’est qu’un chien ne cherche pas à être khalife à la place du khalife, il a bien mieux à faire croyez-moi.

Lorsque j’ai récupéré mon chien Arkos en 2009, il correspondait aux « critères » de dominance, car il était difficile à éduquer, qu’il ne savait pas rester seul et qu’il était relativement bagarreur. Il n’avait jamais reçu la moindre éducation et du haut de ses cinq ans, difficile pour lui de comprendre tous ces bouleversements.  J’ai beaucoup appris de lui : il m’a appris la patience, la justesse et la cohérence, car la vérité c’est que ce chien est épris de liberté et que je ne l’avais pas compris.

Là où je voudrais en venir, c’est que je trouve préjudiciable pour les chiens, tout comme pour les propriétaires d’aborder un chien par un angle aussi réducteur et ethno-centré que le concept de dominance. Un chien est tout autant que nous un animal qui aspire à vivre sa vie, sauf que malheureusement pour lui, nous nous trouvons sur son chemin et que cela implique souvent des contraintes et des sacrifices…

Désormais nous sommes nombreux à être partisans de cette nouvelle vision ; certains sont prosélytes, d’autres moins, mais tous sont amoureux des chiens et de ce qu’ils sont. Mon sentiment est qu’aujourd’hui au-delà des personnes qui véhiculent ces idées (qui sont de moins en moins nombreuses à mon sens), nous devons faire face à la pensée commune et à son extraordinaire inertie.

 

Pourquoi cette vision du chien et pourquoi s’opposer à l’éducation « lupo-centrée » ?

Au départ le concept a été développé par l’étude du loup pour comprendre le chien.

Pourtant, le chien n’est pas un loup, il a beau avoir un patrimoine génétique commun et descendre du loup gris, cela ne fait pas de lui un loup. L’homme détient un patrimoine génétique commun à 90% avec le rat, cela ne fait pas de nous des rongeurs (amis scientifiques ne vous offusquez-pas il s’agit là d’une hyperbole). C’est faire l’impasse sur un processus de plus de 10 000 ans de domestication.

Alors pourquoi considérer le chien comme un loup ?

Certainement par facilité : ce sont des canidés alors ça doit plus ou moins marcher pareil…

La plupart des chiens ne vivent plus en meute, ils cohabitent le plus souvent dans des groupes sociaux composés d’humains et d’autres espèces.

Dans cet environnement, la meute ne peut biologiquement pas exister ; le chien sait que nous ne sommes pas des chiens, de plus il n’a pas vraiment d’intérêt à vivre parmi ses congénères puisqu’il profite de sa relation avec l’homme (on est d’accord ça dépend lesquels…).

Un chien de ferme par exemple, qui vit seul parmi d’autres espèces, n’éprouve pas vraiment le besoin de meute. Il n’a pas de velléités sur les différents groupes d’espèces si ce n’est les protéger, il vit le plus souvent en marge de la famille, dans la cour, les granges, etc. Il n’a pas besoin qu’on le domine pour vivre, il vit sa vie, on lui offre le logis et le couvert, lui il garde, chacun y trouve son compte. Bien entendu cet exemple n’apporte qu’une observation intrinsèque des besoins d’un type de chien en particulier et non pas d’un chien de famille, mais c’est avant tout de comprendre le principe.

 

L’éducation « traditionnelle » base ses principes sur l’effet de meute et place l’homme comme un super dominant devant régir la vie de son chien pour ne pas que celui-ci le fasse à sa place.

Mon avis sur le sujet, c’est que la technique est simplifiée, on ne s’attarde pas à comprendre le chien, il est dominant ou soumis un point c’est tout. Pensez-donc, qu’une super technique faisant son affaire de toutes les situations et de tous les chiens, c’est bien pratique et facile à prendre en main. Parce qu’au final si on bride tout on n’a plus de problème et ce qui compte c’est qu’il n’y en ait plus…

La difficulté c’est la relation homme-chien, comme la grande majorité des problèmes de comportements viennent d’une mauvaise communication inter-spécifique, il est plus facile de mettre les individus en situation de toute puissance que de s’attarder à ajuster leurs attitudes à leur chien et à leurs caractères.

Le hic c’est que bien souvent l’aspect tronqué de l’étude comportementale pousse le chien dans certains travers, notamment la frustration, l’apathie ou le non épanouissement de soi – ce qui a tendance à engendrer des troubles collatéraux -. Si on n’adapte pas les solutions aux individus et aux chiens, on ne fait qu’imposer l’arbitraire ; or lorsque l’on a besoin d’aide, on aime que cela soit personnalisé, adapté, et pour les chiens c’est pareil…

Je ne suis pas un grand fan du chien-machine (je préfère le chat…), – ce que m’a appris mon Border et que d’autres personnes vivent, je pense notamment aux propriétaires de races nordiques (Malamute d’Alaska, Husky, etc.) et aux récents hybrides de loups (Saarloos, Loup Tchèque, etc.) – c’est que le chien a une volonté propre. Ce genre de méthode manichéenne ne laisse pas de place à l’expression pour les chiens ayant une grande force de caractère.

Si le chien résiste il faudra le briser, et entre temps on aura souffert autant que lui, parfois pris de gros risques avant que ce dernier ne jette l’éponge et sombre dans l’inexistence.

Je schématise bien entendu, mais ce genre de situation existe.

 

Le chien reflet d’une relation

Alors quand j’entends « mon chien est un dominant on ne peut rien en faire », et que dans le même temps on ne supporte pas la violence physique sur son chien, je crois qu’il y a l’idée mais pas le geste… La violence morale est tout aussi désastreuse que la violence physique…

L’effet Pygmalion, détermine que la façon dont nous imaginons notre chien – ou enfant c’est pareil –  va le pousser à se conformer à cette image. Un chien dominant ne le serait-il pas simplement parce que nous lui intimons de l’être ? Alors si nous arrêtons de l’être ne pourrait-il pas se conformer à une nouvelle image ?

Le chien est le reflet de ce que nous sommes, nous devons y penser avant de l’imaginer vengeur, malhonnête ou dominant. Le fonctionnement en « miroir » est finalement assez logique : si votre approche est agressive, excitée, nerveuse, stressée, etc. le chien adaptera sa vision et sa réaction. L’excitation favorise l’excitation tout autant que la violence, le stress et la peur… Si une relation est basée sur les cris et l’excitation, il aura l’impression que le monde fonctionne de cette façon.

Soyez apaisé, obtenez par la répétition, l’opposition et non la force, le cri ou la menace.

Alors pourquoi changer ?

Je pourrais parler des concepts « traditionnels » que sont l’interdiction d’accès au canapé, au lit, ou encore de manger avant ses « maitres », etc. mais étant donné que ces concepts arbitraires ne représentent rien de logique pour moi, je prendrais un exemple courant et révélateur :

Je  rencontre fréquemment des familles (et je ne suis pas le seul), à qui on a expliqué que si le chien est agressif ou qu’il fait une bêtise, il faut le mettre sur le dos de force.

Alors mon avis/conseil : Mettre un chien de force sur le dos est un acte violent dans la communication canine. Pensez qu’au delà de ce comportement, le chien n’a pas d’échappatoire si ce n’est la morsure car : rien pour lui n’existe au delà de cette posture  de soumission si ce n’est la morsure de dégagement par peur ou irritation.

Une punition doit toujours être mesurée et juste, les chiens sont sensibles aux comportements inadaptés ou injustifiés et c’est souvent ce qui provoque les accidents. Combien de fois à cette affirmation j’ai demandé si le chien avait mordu ou montré les dents et que l’on m’a répondu oui… Une punition ne doit pas durer et faire immédiatement suite à l’acte répréhensible. Apprenez à observer l’apaisement, pour un chien c’est une excuse, pensez que ce n’est pas un humain! Imposer une posture d’excuse lorsque l’on n’est pas légitime pour le faire est difficilement acceptable pour un chien. Si l’on vous obligeait à vous excuser pour quelques chose qui ne vous parait pas juste ou justifié de la part d’un individu, quelle serait votre réaction ?

Avant tout il faut apprendre à comprendre son chien et remettre en question ses actions ; savoir si ce que l’on fait est juste et respectueux d’un animal ne peut pas passer par l’imposition arbitraire d’attitudes éthologiquement infondées.

Les raisons sont nombreuses, mais certains travers et certains personnages du monde canin continuant à promouvoir ce genre de concepts est à mon sens dangereux pour l’avenir du chien dans son mode de vie actuel. On ne parle plus du chien de chenil cantonné au fond du jardin et sorti uniquement pour travailler : accepter un animal de compagnie au sein du foyer c’est l’intégrer comme tel et c’est faire le choix d’accepter ses différences, ses contrariétés, etc.

 

 

Pour finir je remercie infiniment mon chien, grâce auquel je n’ai pas suivi cette voie. Nos chiens sont exceptionnels pour chacun d’entre nous et tant pis s’il finit de renifler sa pissette avant de revenir me voir.

Après tout il est égoïste de vouloir à tout prix leur faire faire ce que l’on veut.

Je m’arrête là, c’est un sujet sans fin comme bien d’autres…

Pour tous ceux qui en veulent plus, jetez-vous – entre autres – sur les ouvrages de Barry Eaton et de John Bradshaw.

2 commentaires

  1. David a dit :

    Je me retrouve à moitié dans ce que tu dis.
    A moitié seulement, car il m’arrive parfois de mettre le chien sur le dos (enfin généralement plutôt sur le côté), car avec le collier de poil autour du cou j’arrive à le maintenir par terre d’une main en gardant une main libre.
    Utile quand il est surexcité, n’écoute plus rien et devient un peu dangereux. (pas volontairement, mais les enfants c’est pas lourd et pas haut, donc il lui arrive de les bousculer, faire voler serai peut être plus réaliste, surtout quand il est surexcité).

    Après, oui un toutou est un gosse, il fait des bêtises, certaines par ignorance ou non compréhension, d’autre parce que c’est trop tentant….
    Il est ce qu’on lui apprend.
    Par contre, certains apprentissages, ou certains traumatismes subis chiot sont dur à passer à l’age adulte!

    Ensuite il est vrai que certaines habitudes que je lui ai donné sont surtout par facilité pour moi. Par exemple qu’il attende mon autorisation pour manger sa gamelle, ça permet d’éviter qu’il se rue et bouscule tout le monde! Et dans l’excitation, ça permet de lui faire passer d’éventuel médocs sans qu’il fasse attention à ce qu’il mange! (je sais c’est petit, mais c’est tellement pratique! 🙂 )

    Donc au final je dirai qu’un chien est un compromis entre une éducation minimale, une adaptation au contexte (appartement, présence d’enfant, …) et sa propre liberté.

  2. Un Temps de Shiba a dit :

    En effet un sujet sans fin auquel je souhaite ajouter mon petit mot. Le concept de dominé/dominant n’a pour moi rien à voir avec la difficulté d’éduquer son chien, ç a peut être par contre un langage différent. J’ai une chienne au caractère de dominante et un chien au caractère de dominé, et je pense pourtant avoir un peu plus de difficulté avec mon chien. Je suis allé à l’école du chiot et maintenant je fais de l’obe. et j’ai vu des éducateurs dire des choses dans lesquelles je ne me retrouve pas du tout, comme ce que tu as mentionné « les concepts traditionnels ». Désolée les gars, mes chiens ont leur gamelle avant moi, s’autogère, je ne mettrai pas mes chiens sur le dos de force pour lui montrer que je suis sa chef de meute…bref j’ai deux shiba et comme tu l’as un peu dis les propriétaires de chien primitif ne se retrouvent pas du tout avec les méthodes d’éducation traditionnel et certains vivent de véritable cauchemars avec leur chien en appliquant ces méthodes. L’éducation positive et les comportementalistes commencent de plus en plus à voir le jour et nous permettent d’avoir une approche différente de l’éducation de nos chiens. Donc rassurons-nous un peu.

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