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Nov
23
2012

La mort, la perte, le deuil et le chien

La mort, la perte, le deuil et le chien.

 

C’est un sujet douloureux que j’aborde aujourd’hui, un sujet auquel nous sommes tous confrontés et qu’il appartient à chacun d’entre nous de vivre différemment. Je tenais à éviter la thématique d’Halloween pour présenter cet article…

Les situations sont variées et les circonstances multiples ; Je n’aurais pas la prétention dans ce court billet d’expliquer comment gérer son deuil, mais plutôt d’apprendre à le reconnaitre. Car le sujet est inabordable de cette manière du fait de sa complexité.

Pour rappel, le chien est un animal sensible, sa mort et ses conséquences doivent être respectées tout comme le devenir de sa dépouille. Et c’est aujourd’hui dans notre société un sujet précieux pour les millions de détenteurs d’animaux domestiques qui sont confrontés à cet évènement.

 

Qu’est-ce que le deuil ?

Le deuil est un processus complexe, qui s’exprime à la suite de la rupture d’un lien d’attachement. La brutalité et la durée de la souffrance qui en résulte dépend de chaque individu et des circonstances de la mort. Le deuil est un processus psychologique, qui n’appartient qu’à son acteur. Cependant des schémas existent et s’ils ne permettent pas de surmonter l’aspect individuel et personnel du deuil, ils permettent d’en déceler les étapes et ainsi d’en trouver le terme.

Les étapes essentielles du deuil :

1-      La négation.

2-      La colère.

3-      La négociation et/ou la culpabilité.

4-      Le chagrin et la dépression.

5-      La résignation.

6-      L’acceptation.

7-      La reconstruction.

 

1-      La négation :

La première étape consiste à ne pas accepter ce qui se passe. Suivant les circonstances de la mort (qu’elle soit longue ou rapide), on peut se trouver en état de choc, abasourdi, incapable de réagir. Les difficultés actuelles se portent également sur les diagnostics de fin de vie, la négation apparait lorsque le vétérinaire annonce une condamnation. Les traitements palliatifs qui s’en suivent souvent permettent de retarder la souffrance, mais servent quand même cette première étape en initiant le processus.

Dans le cas où la mort survient sans prévenir (qu’elle ait déjà eu lieu ou qu’elle soit en cours), il peut être utile de se faire accompagner d’un ami ou d’un proche lors de la dernière consultation chez le vétérinaire. Les décisions douloureuses sont difficiles à prendre dans ce genre de cas.

 

2-      La colère :

La colère est une étape difficile, une fois encore selon le contexte. Dans tous les cas il s’agit de s’en prendre à un élément extérieur afin d’atténuer sa souffrance. Si le chien est décédé des suites d’une maladie, il arrive souvent que l’on accable les équipes médicales. Si la mort est due à un accident, c’est le coupable que l’on blâme (bien qu’il s’agisse du réceptacle le plus légitime). Il arrive parfois que l’on soit en colère contre le chien lui-même, car il nous a abandonné ; ou enfin que la colère se retourne contre soi. Il peut alors apparaître un sentiment de culpabilité.

 

3-      La négociation et/ou la culpabilité :

Il s’agit là d’un déclencheur important, car dans la plupart des cas, nous trouvons toujours quelque chose pour culpabiliser : la majorité des propriétaires culpabilisent lors d’une euthanasie, certains considèrent même cela comme un meurtre. Et ce, qu’il s’agisse d’une euthanasie faute de moyens financiers ou d’une euthanasie à la suite d’un traitement long et coûteux. Aurais-je pu faire davantage ? Je l’ai fait souffrir inutilement, etc. Il y a parfois tentative de marchandage, avec des entités réelles et/ou irréelles. Promettre de modifier son propre comportement pour espérer un changement de situation. Cette négociation désespérée est normale.

Il est possible de culpabiliser sur les causes de la mort (que cela soit légitime ou non), la non tentatives de traitements différents, etc.

La culpabilité est une charnière dans le processus car elle amène au chagrin et donc à l’expression physiologique des conséquences de la perte du lien d’attachement.

 

4-      Le chagrin / la dépression :

Premièrement la dépression n’est pas inhérente au chagrin. Durant tout le processus de deuil il est important d’être accompagné, par des proches, d’autres compagnons, voire un professionnel, etc.

Le chagrin est naturel, il exprime la qualité de l’attachement. Pourtant il faut être vigilent car la souffrance liée à la perte d’un compagnon est directement liée à l’idéalisation que l’on se fait de son animal et notamment de la réciprocité (supposée ou non) du lien l’unissant à nous. C’est en fait plus l’imaginaire du lien qui nous unit à notre animal et la perte de ce lien particulier qui nous fait réagir – bien que cela puisse paraître étrange, c’est aussi sur cela que se construisent les souvenirs.

 

5-      La résignation :

La résignation est une étape que je qualifierais de mécanique, dans le sens où elle permet de se décharger du malheur qui vient de s’abattre sur nous. Le sentiment est celui d’avoir tout tenté pour sauver l’être aimé, que cela soit réel ou fantasmé.

Il y a un début d’acceptation forcée par « la vie », terme qui revient fréquemment pour définir ce genre d’afflictions. Il est possible de s’en remettre à un tiers (Dieu ou autre) afin d’avancer sans conviction particulière au gré des événements. « C’est comme ça, c’est la vie ».

 

6-      L’acceptation :

Ultime étape, l’acceptation permet « d’aimer à nouveau ». L’encouragement de l’entourage, la mise en place d’un processus d’inhumation, de crémation ou d’hommage sont autant de facteurs permettant de traverser le deuil. Une fois accompli, il est à nouveau possible de vivre et d’aimer normalement. Sachez qu’un deuil accompli ne mène jamais à l’oubli mais au souvenir.

 

7-      La reconstruction :

Dès lors que l’on peut penser à son compagnon disparu sans s’effondrer, il est alors possible de reprendre un nouveau chien. Et d’avancer dans la vie en ne vivant plus exclusivement cette disparition comme étant au cœur de notre vie.

Si un mois après le décès de votre animal vous pensez ne pas avoir abouti votre deuil, il est nécessaire de consulter un avis médical car vous souffrez peut-être d’un deuil pathologique.

 

 

Comment gérer la mort de son chien ?

La gestion du deuil est complexe car elle dépend de facteurs extrêmement variés. Le point central est le niveau d’attachement du maître au chien, cependant suivant la qualité de ce lien (exclusif, extrême, déséquilibré, etc.) le processus de deuil peut être plus ou moins long, voir véritablement bloqué. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on souffre d’isolement social ou affectif, que l’on vient de subir d’autres pertes, etc. La réalité structurelle de notre environnement social joue un rôle prépondérant dans le processus (divorces, perte d’emploi, etc.)

Comme nous l’avons vu, les circonstances de la mort influent énormément sur le processus. Il semblerait que la mort subite soit la plus difficile à gérer, alors que lorsque celle-ci est annoncée le processus est moins douloureux.

 

  • Le deuil Pathologique :

Il est à mon sens important d’aborder ce sujet car il s’agit d’un problème croissant.

La place du chien dans le foyer et dans la société en générale conduit à certains extrêmes. Ceux-ci sont notamment liés à l’affection anthropomorphique que l’on porte aux chiens.

Il est dangereux de se précipiter dans l’accueil d’un compagnon de substitution avant d’avoir atteint un certain degré d’acceptation. Le palliatif affectif d’un être à aimer en échange de celui perdu est dangereux dans le sens où, comparer un animal défunt à un autre vivant ne permet pas d’accomplir un rituel de deuil complet. Penser remplacer le chien décédé par un nouveau mène généralement à discréditer le nouveau au profit de l’ancien. Et ainsi se placer dans un cercle vicieux, car la dévalorisation du nouveau chien entraine des troubles du comportement revalorisant l’idéalisation de l’ancien chien. Il s’agit d’un deuil pathologique, consulter est indispensable.

 

Si l’un de vos proches semble atteint de ce trouble, vous pouvez :

 

  • Dédramatiser la situation pour amorcer le processus de deuil,
  • Essayer de ne pas faire ressortir les qualités du nouveau chien, cela permettrait au propriétaire de distinguer ses défauts,
  • Au contraire procéder à l’inverse, en dénigrant le nouveau chien afin de pousser le propriétaire à le défendre et ainsi créer sa propre relation avec lui.

Enfin, si vous êtes dans cette situation, je me permets quelques conseils :

  • Gardez une vie active, ne vous enfermez pas.
  • Sollicitez le réconfort de proches, si l’un de vos proches présente un processus de deuil, accompagnez-le.

 

 

Quelles solutions pour sa dépouille ?

C’est certainement la partie la moins agréable, mais la loi étant très stricte, je pense qu’il est important de la rappeler.

1-      L’équarrissage.

Dans les faits, l’équarrissage concerne avant tout les fourrières, certains éleveurs/chasseurs et les animaux trouvés sur la voie publique. Mais si vous ne souhaitez-pas disposer de la dépouille de votre chien pour une incinération ou une inhumation, ne le jetez-pas dans la nature ou parmi les ordures, ceci est illégal, passible d’amendes et surtout c’est un risque sanitaire.

L’équarrissage est donc une solution sanitaire et économique d’utilité publique, cependant cela ne fait pas vraiment la part belle au « respect du corps » de l’animal. C’est pourquoi cette méthode est de moins en moins employée par les propriétaires de chiens, car trop dégradant pour la dignité de l’animal.

 

2-      L’inhumation.

Inhumation d’un chien n’est possible que dans deux cas.

  • Dans un jardin, pour des chiens de moins de 40kg. Aucune déclaration n’est obligatoire sauf pour les chiens inscrits au L.O.F. C’est aujourd’hui encore la solution la plus répandue.
  • Les cimetières dédiés aux animaux. Cela permet de rendre hommage à son animal, par le biais d’une épitaphe, d’une photographie, etc.

Sachez qu’il est strictement interdit d’inhumer un chien dans un cimetière humain. Cependant il semble possible d’ajouter les cendres d’un animal au défunt lors de son enterrement.

 

3-      L’incinération.

Effectuée dans des centres agréés par la préfecture, il s’agit d’un choix volontaire. Elle existe sous deux formes :

  • L’incinération collective ; les animaux sont incinérés en communs, leurs cendres sont ensuite disposées dans des décharges, dans des champs agricoles ou en mer. Coût moyen entre 50 et 100€ selon le poids.
  • L’incinération individuelle ; méthode fréquente aujourd’hui mais inférieure à l’incinération collective et à l’inhumation en jardin ; L’incinération individuelle se déroule à peu de choses près comme pour celles des humains. On peut disposer des cendres de son animal dans une urne, à conserver chez soi ou à enterrer. Coût moyen entre 100 et 200€ selon le poids.

Il s’agit aujourd’hui de la méthode la plus intéressante pour le processus de deuil, car il y a un sentiment de respect de la dépouille et une mise en scène (rituelle ou non) du départ physique. L’hommage par le biais d’une inscription permet également d’accompagner ce processus.

 

4-      La naturalisation ou taxidermie.

La naturalisation consiste à préserver l’apparence du chien. Le procéder est long et plus coûteux que les autres méthodes. Il faut également penser qu’au-delà de 48h après le décès, il n’est plus possible de procéder ainsi.

Ce procédé est bien souvent malsain car il en résulte un sentiment d’immortalité matériel et/ou immatériel du chien disparu. C’est d’autant plus dangereux que cela s’incère parfois dans un processus d’idolâtrie, qui ne permet pas de faire aboutir le deuil de l’animal qui est fictivement toujours en vie par le biais de son apparence.

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